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Accompagnement de réfugiés Ukrainiens : Une page se tourne

24 août 2022. Il y a 6 mois jour pour jour, Vladimir Poutine prenait la folle décision d’envahir son voisin, et cousin, ukrainien. Une date qui restera gravée dans les livres d’histoire. Le retour de la guerre en Europe. Le début d’une période d’instabilité pour le monde…

Ne pouvant rester insensible face à la détresse d’un peuple, j’ai cherché à mon niveau à apporter ma pierre à l’édifice en agissant de différentes manières.

Je vous propose ci-dessous un petit résumé des actions menées mais surtout un petit bilan à l’heure où l’aide d’urgence laisse la place à une action sur du plus long terme.

EPISODE 1 : LA COLLECTE

– Non, il ne va quand même pas y aller…

– Si, et pas que dans le Donbass, il envahit le pays tout entier…

– Mais je croyais que ce genre de guerre était fini en 2022. Que c’étaient des guerres du 20ème siècle, plus du 21ème… Comment est-ce possible ? Quelle folie !

– Et pourtant… Et en plus, ils ont le stock d’armes nucléaires le plus important au monde…

Que ce soit au siège de Travel With A Mission (organisation à but non lucratif que je dirige) ou à la réunion du club Rotary Beaulieu Côte d’Azur que je préside cette année, les réactions d’incrédulité sont les mêmes.

Mais rapidement, celles-ci laissent la place à la volonté d’action. D’un côté comme de l’autre, les réactions sont unanimes : Nous devons agir !

Mais comment ? A la télévision, les images de milliers de réfugiés quittant leur domicile sont légion.

Je propose une collaboration entre TWAM et le Rotary pour une première collecte de denrées de première nécessité. Proposition acceptée. Pendant 6 jours, par tranches de 3h, des membres du club Rotary et de l’équipe TWAM se succèdent dans 2 supermarchés niçois.

Résultat : Près de 60 caddies remplis. Incroyable mobilisation des Niçois qui s’associent sans réserve, pour l’immense majorité, à la douleur des ukrainiens. La vitesse à laquelle se remplissent les caddies laissent tout le monde pantois. Une telle solidarité fait plaisir à voir… Aujourd’hui il s’agit des ukrainiens. Demain, peut-être que ce seront nous-mêmes…

Quelques photos ci-dessous de cette période de collecte…

Ces 60 caddies correspondent, une fois dans les cartons, à environ 4 minibus remplis. Le contenu de 2 minibus furent remis à la ville de Beaulieu-sur-Mer qui l’a remis à la métropole de Nice, qui l’a amené en Ukraine. Le contenu d’un minibus fut laissé dans notre lieu de stockage à Saint-Jean-Cap-Ferrat pour les réfugiés présents dans notre zone (lire plus loin). Le 4ème fut amené à la frontière polono-ukrainienne…

EPISODE 2 : LE VOYAGE

Début Mars 2022. Le journal de TF1 montre les camps de réfugiés qui se mettent en place notamment en Pologne et en Moldavie, à proximité de la frontière Ukrainienne. Des gymnases, paroisses et autres salles de spectacle se transforment à vitesse grand V. Les hommes sont souvent restés au pays pour défendre la patrie. Les femmes et enfants se retrouvent sur des lits de camp sans trop savoir où aller.

Sur les images, j’aperçois un homme allemand avec une pancarte se balader entre les lits. Il propose d’en amener quelques-uns dans son village qui s’en occupera. Belle solidarité ! Une famille accepte de le suivre. Elle n’a de toutes façons nulle part où aller.

Voyant cet exemple, mon sang ne fait qu’un tour : Et si je faisais la même chose ? Après tout, nous avons un minibus (appartenant à TWAM). Peut-être pourrais-je ramener 6, voire 8 réfugiés ? Nous pourrions nous en occuper dans le village d’Eze… Si chacun met un peu du sien, on arrivera peut-être à gérer ce flux de près de 5 millions de réfugiés ?

Marisol, mon épouse, n’y voit pas d’inconvénient. J’appelle 2 amis à qui je propose de m’accompagner pour le chemin (une vingtaine d’heures de route pour y arriver depuis Nice, rien de bien sorcier). Ils acceptent immédiatement. Contact est pris avec le Rotary club de Chelm qui nous propose un logement et une aide sur place. L’affaire est réglée en quelques minutes…

Nous remplissons le minibus et partons immédiatement…

La route est un peu longue mais est généralement très bonne. 20h sur des routes goudronnées est moins fatiguant que 6h en Afrique à faire du tape-fesse. En se relayant régulièrement, nous arrivons à destination et savourons le dîner polonais offert par nos hôtes rotariens. Il n’y a pas à dire, le réseau rotarien est formidable… Des gens altruistes, heureux d’aider…

Le lendemain matin, nous nous rendons à la frontière. Nous y voyons de nombreuses mamans avec dans une main leur enfant, dans l’autre, une petite valise. Cette vision me déchire le cœur. Tant de vies brisées à cause de la folie et de l’égo surdimensionné d’un homme…

Nous y laissons une partie des denrées. Ils n’ont pas besoin d’en avoir beaucoup ici, les gens ne sont que de passage. Nous laisserons l’autre dans le lieu de stockage de la paroisse de Chelm qui accueille plusieurs centaines de réfugiés.

Le premier objectif du voyage est atteint. Reste le second : Revenir avec des réfugiés.

Dans les centres, la scène est surréaliste : Des appels au micro indiquent qu’un bus est en partance pour Stockholm, puis Oslo et qu’il convient de se bouger car bien d’autres vont vite arriver… Le destin de tous ces gens bascule au hasard des appels. Bon, pourquoi pas Stockholm se disent certains qui n’ont probablement jamais entendu parler de cette ville…

Nous nous rendons dans 3 centres. Dans l’un d’entre eux, une dame traduit notre appel à des familles. Nous leur proposons de partir dès ce soir pour Eze, à proximité de Nice sur la Côte d’Azur… Il y a des destinations moins agréables.

Rapidement, 2 mamans avec 2 enfants chacun montrent leur intérêt. Elles ne sont cependant pas rassurées. Suivre 3 hommes inconnus d’1m90 à l’autre bout de l’Europe n’est pas une décision facile à prendre… On leur montre des photos de notre famille. Elles finissent par nous rejoindre. Vu la taille des enfants, nous décidons d’embarquer également une autre maman et son fils. Nous voilà à 11 dans le minibus. C’est parti !!!

La communication avec nos nouveaux amis n’est pas évidente. Personne ne parle autre chose que l’ukrainien ou le russe. Google Translate devient notre meilleur ami. Il le sera pendant longtemps…

Je me mets dans la tête de ces gens qui ont tout quitté et qui partent sans savoir vraiment où, ni avec qui et pire, sans n’avoir aucune idée de quand, ni si, ils reviendront. C’est fou !

Les mines ne sont pas joyeuses mais elles se décantent au fil du voyage. Thomas et Franck qui m’accompagnent tentent de rendre l’atmosphère sympa et faisant des petites blagues. Thomas achète une petite peluche à Alona qui vient de fêter son 6ème anniversaire. Je leur achète une petite glace lors d’un arrêt dans une station. Des petits sourires s’esquissent…

Nous arrivons à Eze fatigués, mais heureux. La paroisse d’Eze met gracieusement à disposition un appartement pour quelques mois. Ils seront à 8 dans 50m2. C’est certes un peu exigu mais ils sont tous ravis d’être ensemble et surtout en sécurité. Les enfants peuvent jouer sans se soucier de bombes qui pourraient leur tomber dessus…

EPISODE 3 : L’INTÉGRATION

Une nouvelle vie commence pour nos 8 nouveaux amis. Fort heureusement, la solidarité ézasque fait plaisir à voir. Les voisins, l’association des parents d’élèves et les associations locales se mobilisent pour que leur intégration soit la plus facile possible. A titre d’exemple, le club de tennis, de taekwondo et de danse leur propose des cours gratuits. Le club nautique de Nice et notre club Rotary leur proposent aussi des sorties en voilier qui furent très appréciées.

Les voisins sont également très solidaires et viennent donner jouets et vêtements.

Niveau travail, un membre de notre club Rotary, Robin Oodunt, leur propose un emploi au château Eza, un hôtel de luxe. Elles arrivent juste à pic, la saison touristique s’apprête à débuter… L’une sera femme de chambre, l’autre serveuse au bar, l’autre « runner », faisant le lien entre la cuisine et les serveurs du restaurant… Que des emplois ne nécessitant pas de parler ni anglais, ni français…

Les autres membres du club ne sont pas en reste : Certains les accompagnent pour des sorties afin de connaître les environs, d’autres les amènent à la préfecture, d’autres ouvrir un compte bancaire. Notre médecin s’occupe de leur check-up médical. C’est ça la beauté d’un club de service…

Nous nous occupons aussi de l’inscription des enfants à l’école et dans des activités extra-scolaires. Tous sont intégrés dans des salles de classe.

En quelques jours seulement, tout est en ordre. Les voilà prêts à vivre une vie française.

Ils logeront finalement environ 5 mois dans cet appartement. Pendant cette période, j’ai eu grand plaisir à les amener régulièrement faire les courses ou à les amener marcher à Nice ou dans la nature. Pendant cette période, j’ai eu l’impression d’avoir 7 enfants, les 2 miens et les 5 ukrainiens. Nous avons passé d’excellents moments qui me manqueront… A mes enfants aussi qui se sont liés d’amitié avec eux malgré la barrière de la langue. Ana-Laura a notamment appris à lire le cyrillique et à dire quelques mots en ukrainien…

Pendant cette période, il y a eu des hauts et des bas. Des très bas même. Inna, une des mamans a appris le décès de son fils aîné, ancien serveur devenu jeune soldat du fait de la guerre, tué dans son sommeil dans une caserne à Mykolaïv par des bombardements russes. Irina a eu son appartement à Kharkiv complètement détruit. Alla s’est elle séparée de son compagnon. 3 mamans, 3 vies complètement bouleversées !

Ces derniers jours, les 3 mamans ont dû rendre l’appartement à la paroisse. Inna est partie rejoindre sa fille, réfugiée elle à Varsovie. Alla est allée vivre avec un nouveau compagnon français. Irina a déménagé dans un petit appartement à Nice. Les 2 dernières travaillent à ce jour encore au Château Eza.

EPISODE 4 : LE SUPERMARCHÉ SOLIDAIRE

Les Alpes-Maritimes sont le département français ayant reçu le plus de réfugiés ukrainiens. J’ai lu quelque part que 40% des réfugiés étant venus en France sont venus dans notre département.

Certains sont très riches et on peut voir leurs gros SUV dans les rues de Saint-Jean-Cap-Ferrat ou Beaulieu-sur-Mer. D’autres sont beaucoup moins fortunés et avaient besoin d’aide.

C’est pourquoi nous avons mis en place un supermarché solidaire que nous avons ouvert chaque dimanche, de 13h30 à 15h.

Dans celui-ci, étaient disponibles nourriture non périssable, produits d’hygiène, jouets et vêtements.

En moyenne, une cinquantaine de réfugiés étaient présents chaque dimanche. Une fois, nous en avons eu 3-4 fois plus lorsque nous avons offert des chaussures neuves, grâce à un don de la marque SALAMANDER.

Les dons pour approvisionner le supermarché solidaire venaient parfois des CCAS des 4 communes, parfois directement des habitants de nos 4 communes (notamment pour vêtements et jouets). Parfois via de nouvelles collectes que nous organisions régulièrement mais cette fois-ci avec des ukrainiens à la sortie de supermarchés.

Ce supermarché solidaire fermera ses portes le 1er septembre 2022. La période d’aide d’urgence est terminée. Place au long terme…

EPISODE 5 : AIDER SUR LE LONG TERME

Personne ne sait combien de temps va durer ce fichu conflit.

Début mars, au moment de l’arrivée des réfugiés, nous avions l’espoir d’un conflit court où ceux-ci pourraient rapidement rentrer chez eux… Puis, petit à petit, cet espoir s’est amenuisé et tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui que le conflit pourrait durer de nombreux mois, voire des années…

Cela dans un contexte particulier me concernant.

Habitant à Eze, petite commune très touristique, je connais plusieurs directeurs d’hôtels de luxe. Plusieurs sont d’ailleurs membres de notre club Rotary. Et en cette période favorable sur le marché de l’emploi, ces hôtels ont tous un problème commun : la difficulté de recruter.

Aussi ironique que cela puisse paraître, l’arrivée de réfugiés ukrainiens est donc une opportunité pour ces hôtels.

Du fait de mes nombreux contacts avec les ukrainiens, liés notamment au supermarché solidaire, j’ai reçu beaucoup de demandes d’emplois ou de logements.

Au milieu d’une offre et d’une demande, j’ai donc fait un petit message « type » donnant 5 contacts de directeurs d’hôtels en recherche de personnel à tous ces ukrainiens en demande d’emploi. Une bonne trentaine de petits « copier-coller » ne me prenant que quelques secondes qui a permis d’aboutir à une quinzaine d’emplois. Changer des vies peut être très simple parfois !

Quel plaisir d’en rencontrer quelques-unes à l’hôtel de la Chèvre d’Or qui travaillent comme serveuses, comme « runner », à la blanchisserie ou en tant que femmes de chambre. Ce n’est certes pas le boulot de leur rêve… mais elles sont toutes très heureuses d’avoir un travail en France malgré la barrière de la langue.

Retrouvez les reportages réalisés par le journal Le Monde, France Info et C dans l’Air (minutes 46 à 50) sur ces ukrainiennes travaillant dans les hôtels de luxe ézasques.

CONCLUSION

6 mois après le début du conflit, le monde associatif qui fut très mobilisé au début s’essouffle. Sur la Côte d’Azur, les possibilités de logement sont rares pour les ukrainiens. Peu d’appartements sont disponibles et peu nombreux sont les propriétaires disposés à louer leur bien à des réfugiés sans CDI.

Face à cette situation, de nombreux ukrainiens ont fait le choix de retourner en Ukraine malgré le danger. Mais beaucoup sont encore là et ont besoin de notre aide…

De notre côté, malgré la fermeture sous peu du supermarché solidaire, nous allons continuer notre accompagnement mais notre priorité ira dans l’aide à l’emploi car l’intégration passe par le travail et l’auto-suffisance… Bon courage à eux !

Content en tous cas d’avoir pu apporter un petit quelque chose à ces gens démunis. Ce n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans l’océan mais, comme dirait Mère Teresa, « si elle n’était pas là, elle manquerait… ».

 

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